Les Dimensions Ethiques et Sociales dans les Bio-Technologies

Dr. Guy Sergheraert
Directeur General Adjoint du Centre de Valosisation
des Glucides et Produits Naturels
France

Dans le cadre de quatre journees de travaux consacrees, au mois de mai dernier, a l’examen des conditions de mise en place d’une cooperation entre les nations, pour reflechir et, de preference, pour agir afin de preserver ? dans une serie de demarches de caractere preventif ? l’homme et son environnement des eventuels effets negatifs, voire nocifs, consecutifs de resultats objectives ou acquis dans les differents champs de la recherche, vous i m’aviez requis, Madame la Presidente, pour intervenir, et pour ensuite conduire plus specialement les conferences afferentes aux domaines de la sante et du bio- environnement.

Permettezemoi d’abord de vous exprimer ma sensibilite au temoignage de confiance que vous me renouvelez, en m’ayant demande de participer a l’organisation de cette journee que vous souhaitiez reserver a l’expression de points de vue fran?ais.

La recommendation que je formulai a la precedente conference avait trait a la preoccupation philosophique qui caracterise l’ Organisation Internationale de Biopolitique. Cette preoccupation n’echappe pas du tout aux conferenciers qui prendront la parole aujourd’hui afin que toutes les interventions repondent bien aux mobiles qui nous rassemblent, dans une reflexion qui pose la question de la responsabilite de la recherche scientifique a l’egard de l’homme et des formes de vie dont on ne saurait le dissocier.

Essayons alors de poser le probleme en nous souvenant, aujourd’hui a Athenes, du mythe de Promethee. Dans ce mythe, le Titan donne aux hommes le feu celeste qui leur confere l’intelligence, la sagesse et la gloire, tandis que son frere Epimethee, faisant etourdiment confiance a l’envoye de Jupiter vengeur repand parmi les hommes la vieillesse, la misere et la maladie. Et

depuis lors, l’homme caresse l’espoir que les dons de Promethee l’emporteront sur ceux d’Epimethee.

Or, imaginez qu’ayant assiste aux representations des tragedies qu’ Eschyle consacra au mythe de Promethee, un amateur de theLtre athenien des annees 460 avant J.C. se soit ensuite endormi et se reveille aujourd’hui 7 Octobre 1987, vingt cinq siecles plus tard.

Supposez que vous soyez charge de lui presenter le monde des temps presents: vous auriez sans doute d’abord envie de l’eblouir en lui montrant quelques unes des merveilles que l’industrieuse intelligence de l’homme a su realiser. Vous n’auriez que l’embarras du choix et vous conduirez votre visiteur de surprises en surprises.

Mais, le moment viendrait pour lui de la reflexion, et, tout naturellement, il vous interrogerait pour savoir si l’homme d’aujourd’hui, comble d’un extraordinaire supplement de connaissances et de pouvoirs, est plus heureux qu’autrefois.

Le bonheur, lui diriezevous, sans doute, ne depend pas du progres scientifique et technique, mais de bien autre chose. Parlons plutTt de bien etre, de niveau de vie, de protection contre la maladie. Vous diriez que la peste, le cholera, la rage et la tuberculose, sont a peu pres vaincus, qu’on sait ouvrir les coeurs, remplacer les reins et empecher si bien les jeunes enfants et les hommes Lges de mourir que la longevite moyenne a beaucoup plus que double.

Votre visiteur ne pourrait manquer d’etre emerveille de ces nouveaux pouvoirs; et ainsi, diraiteil, les maux sont en train de dispara?tre alors que de mon temps, il y avait encore, dans des endroits recules de la terre des hommes qui mourraient de faim.

Helas, diriezevous, la famine touche peuteetre plus d’hommes aujourd’hui que du temps de Pericles. Mais, Pericles, luttant contre Sparte conduisait a la mort des soldats que ne demandaient qu’L vivre. Et vous repondriez que nos guerres d’aujourd’hui sont infiniment plus meurtrieres que celles de ce tempselL. Mais, les hommes blesses ou malades guerissent sans doute presque tous, vous repondraiteil a en juger par les decourvertes scientifiques dont vous me parlez. Et vous repondriez que chaque jour d’innombrables malades meurent qui pourraient theoriquement guerir avec les moyens actuels de la medecine; des populations entieres sont affamees et meurent alors que d’autres engrangent des aliments en excedents. Nous souffrons meme d’un etrange phenomene car, en meme temps que la puissance de l’homme s’accro?t, doivent monter en nous de sourdes inquietudes, comme si nous devions etre punis d’avoir joue les apprentis sorciers; que jamais l’homme n’a sans doute ete aussi incertain de son avenir. Votre amateur de theLtre athenien concluerait, sans doute, que nous utilisons mal les fruits de notre intelligence.

Etait voici il y aura presque 20 ans. Vous vous souvenez de l’image emouvante de la mission Apollo, demonstration eclatante de la technicite humaine. Paradoxalement, ces premiers pas de la conquete du cosmos ont servi a mieux faire conna?tre notre globe et la fragilite des conditions de vie qui y sont etablies. L’aventure astronautique a montre que la Terre avait ses limites, apparaissant, vue de la Lune, toute petite, isolee dans l’espace, et qu’elle est probablement l’unique planete dans le systeme solaire a presenter les conditions necessaires a une forme de vie dite evoluee et, en ce cas, l’humanite devrait se contenter pour de tres longues annees, a vivre sur le globe sans grand espoir de s’expatrier.

Ce fait est l’une des raisons qui ont incite les hommes d’Etat a s’occuper des problemes terrestres devenus aigus. Au moment meme ou les hommes posaient le pied sur la Lune, l’opinion publique s’inquietait des effets des pollutions et des destructions du milieu naturel. Surtout dans les pays les plus evolues sur le plan technique, la notion de la preservation de la nature est nee, notion dont, prennent conscience les hommes politiques.

En fait, ce propos concretise par de l’anecdotique vise a attirer l’attention sur l’usage qui peut ou doit etre fait de la disponibilite scientifique et, comme je l’annon?ais un peu avant, il s’agit de poser le probleme de la responsabilite face a ce qui peut etre designe en deux mots: la puissance et la fragilite:

– de la vie humaine sur le plan organique mais aussi sur le plan spirituel;

– de l’ensemble des formes de vie imbriquees les unes aux autres qui accompagnent la vie de l’espece humaine, c’esteLedire le biotope, autrement dit le bio-environnement.

L’introduction des biotechnologies, technologies nouvelles qui concernent directement le vivant, dans les pratiques de nos societes, est en train de produire des changements importants du mode de vie. DejL, ces technologies ont fait appara?tre un environnement de plus en plus `artificies’ par rapport a l’idee que nous nous ferions de celui qui concernerait l’homme vivant en intimite, en harmonie avec la Nature.

Mais, il faut etre intellectuellement sage dans l’appreciation et convenir que tout artefact nouveau vient modifier nos fa?ons de faire, en nous devons considerer, de ce point de vue, que l’agriculture et l’elevage sont des technologies ayant agi sur le vivant tout comme la rue et le feu furent, en leur temps, les premiers `outils’ de transformation du monde physicoechimique.

Par rapport a cela, ce qui caracterise notre epoque est l’acceleration surexponentielle du nombre et de l’extension des bouleversements produits par ces techniques et il faut s’attendre a la meme acceleration des l’instant oT la biologie moleculaire permet la fabrication a grande echelle de ce que nous appellerons les artefacts vivants.

Il faut avoir dans l’esprit cette mise en perspective historique et anthropoe logique, afin d’eviter deux attitudes: l’une est un naturalisme nourri de la nostalgie d’un Lge d’or mythique oT l’homme aurait vecu en harmonie avec luiememe et avec la nature; l’autre est un modernisme progressiste reposant sur un optimisme quant a la valeur intrinseque du progres contenue en toute nouveaute scientifique et technologique.

La premiere attitude consiste a oublier que la nature humaine a toujours ete fa?onnee par des modifications culturelles et techniques. La seconde consiste a ne poser aucune limite et considerer que toute performance technique, des lors qu’elle est possible, doit etre realisee et qu’il sera toujours temps, apres coup, de s’ `arranger’ avec des consequences non desirables si elles se produisent, qu’il s’agisse de desordres ecologiques, de nouvelles maladies somatiques et psychosomatiques, ou de deviances sociales.

En cette attitude, une confiance a priori sans limite dans la valeur d’un progres scientifique continu laisse esperer que de nouvelles decouvertes aideront a supprimer ces consequences indesirables, si bien que, globalement, le bilan demeure positif.

En fait, le probleme procede de ce que les technologies nouvelles ont des consequences imprevisibles et quelquefois irreversibles, en sorte, qu’il s’agit toujours de paris sur le futur. De plus, tout se passe comme si ces paris etaient tenus de fa?on quelque peu inconsciente, avec une responsabilite noyee dans une collectivite anonyme, car les activites scientifiques n’en tiennent aucun compte et creent le fait accompli, parfois meme aux yeux de leurs propres auteurs.

En effet, il n’existe pas de planification de la recherche fondamentale qui puisse vraiment reussir, car les decouvertes aux consequences les plus importantes ne resultent pas de decisions concernant ces consequences ellesememes: ainsi, les deux decouvertes biologiques qui ont cree les biotechnologies, les recombinaisons genetiques et les fusions de cellules avec possibilite de clTnage, se sont produites dans des laboratoires de biologie moleculaire et cellulaire en tant que developpements normaux de programmes de recherche anterieurs, si bien que leurs applications possibles sont apparues comme des faits accomplis, a leurs auteurs euxememes.

Au contraire, les techniques de procreations medicalement assistees, que ce soit l’insemination artificielle, les fecondations inevitro, les reimplantations d’ovules fecondes, ont ete des applications volontaires, sur la femme surtout, de techniques de conservation et de manipulations de cellules bien ma?trisees.

D’ailleurs, la decision pour ce cas etait prise sciemment par des medecins, des biologistes en reponse a une demande de couples steriles. L’application de techniques nouvelles a un probleme de sante n’est pas tant le resultat de grandes decouvertes fondamentales, que celui de la volonte de therapeutes qui repondent au souhait exprime par des sujets psychologiquement en souffrance.

En cela, ces techniques ne peuventeelles etre assimilees a des greffes d’organes ou a des interventions chirurgicales heroiques, a cette difference pres, cependant, que les suites depordent les demandeurs en touchant a la reproduction et a la filiation.

En cela aussi, ne peuteon dire que ces techniques sont directement le produit d’un desir prometheen du chercheur, du therapeute, relayee par le public qui les consomme: desir, fantasme de toute puissance, toujours present dans l’activite scientifique en quete de spectaculaire.

Mieux encore, en ce qui concerne la decouverte des enzymes de restriction et des recombinaisons genetiques, pour lesquelles non seulement la poursuite des applications ne fut pas le moteur mais, bien au contraire, les biologistes qui en furent les auteurs furent effrayes par la perspective de ces applications, au point de tenter d’interdire la poursuite de tels travaux.

Ce fait merite bien d’etre mentionne car, il s’agissait, pour la premiere fois, de la part d’une communaute scientifique d’un essai de reflexion a priori, de prevision critique et de planification. On peut penser que peuteetre dans leur esprit s’installait l’example de la bombe atomique qui avait montre que le progres scientifique n”impliquait pas obligatoirement et seulement progres de civilisation.

Pourtant, tres vite il s’averait que les craintes avaient ete exagerees et en peu de temps, les travaux en genie genetique etaient repris. Ceci montre bien le caractere imprevisible des consequences de decourvertes fondamentales qui ne peuvent etre appreciees qu’a posteriori: et il est alors trop tard pour empecher ces applications d’etre devenues de l’ordre du possible et du faisable.

Tout se passe comme si la realite objective et naturelle aurait ete modifiee sans que personne ne l’ait decide, et c’est alors aux structures sociales, aux moeurs et aux mentalites de se debrouiller. On peut donc dire, a partir de lL, que le progres scientifique n’apporte pas avec lui necessairement que des bienfaits.

En consequence, des jugements doivent etre portes par des instances de decision quant au caractere souhaitable ou non des modifications sociales ou comportementales qui accompagnent ineluctablement l’adaptation d’une societe a l’utilisation a grande echelle de nouvelles technologies. Cela est particulierement vrai en ce qui concerne les technologies de l’informatique aussi bien que les biotechnologies.

A propos des biotechnologies et de l’homme en tant que personne humaine, que peuteil advenir a partir du moment ou l’homme risque d’etre amene a appara?tre a lui meme, non plus comme originalite nee au hasard de la fecondation mais comme le resultat de manipulations et de determinations produites par d’autres hommes e c’est Ledire la societe e avec la construction d’un materiel genetique ensuite continuee la vie d’enfant durant par des pratiques de techniques de conditionnement neurochimiques ou psychologiques.

L’introduction generalisee de ces pratiques, et principalement, celles de transgenose sur des ovules humaines fecondes, meme s’ il s’ agit au depart de repondre a une demande therapeutique, peut renforcer de fa?on dramatique la representation que nous pouvons nous faire de nousememes, comme systemes biochimiques reduits a des interactions moleculaires.

Si, dans le cadre de la manifestation qui nous reunit aujourd’hui, nous voulons ne pas esquiver les questions graves, nous devons nous poser la question du psychisme des futurs hommes de ces pratiques. Car, c’est tout le probleme du `moi’ qui est pose, c’esteLedire le probleme de la conscience.

A ce propos, puisque nous sommes aujourd’hui rassembles sur un hautlieu de l’histoire, on peut citer qu’ il s’ agit du probleme de la difference posee entre les personnages d’Homere ? personnages sans reflexions sur euxememes en termes de devoir, tentation, volonte, Lme, conscience et pensee ? et les personnages de Platon chez qui ces mots existent comme nous les entendons; ces memes mots dans la langue d’Homere ayant une signification organique, impersonnelle, celle du coeur, du souffle, de la bile.

On doit craindre pour l’ homme de l’inevitro, qu’L l’image du personnage d’Homere qui observe ce qui se passe en luiememe avec tout ce qui’il suppose comme venant des dieux, l’homme ? resultat des biotechnologies avec une representation de luiememe de plus en plus influencee par des images de conditionnements genetiques ? ne voit son experience de personne dispara?tre de sa conscience. On se retrouvera dans la situation de ces personnages d’Homere, sauf que les interventions des dieux seront remplacees par les effets de structures moleculaires.

Pour en finir sur ce point, si nous tenons a preserver dans notre culture la realite de la personne humaine, tout en reconnaissant que des societes peuvent exister en l’absence de cette realite, et de meme, ceux qui tiennent a preserver dans leur culture la realite de la cellule familiale monogamique, il vaudrait sans doute mieux ne pas pratiquer de transgenoses sur des embryons humains, et il vaut mieux traiter alors les problemes de sterilite au cas par cas, sachant que polygamie et adultere peuvent devenir sous tendus et legitimises par un acte technique simple qui ne requiert rien de plus que l’insemination ou la maternite de substitution.

Les aspects les plus difficiles seront sans doute abordes en evoquant les possibles influences perverses des biotechnologies lorsqu’il s’agit de la personne humaine. Qu’en esteil de l’environnement, domaine plus materiel, certes, et dont la perception est peuteetre plus facile que la perception de soiememe. Mais qui concerne de toute fa?on maintenant d’autres formes de vie.

Depuis l’antiquite, les hommes ne disposaient pour transformer et utiliser la biosphere que de techniques empiriques de selection qui s’etalaient sur des dizaines ou des centaines d’annees et, l’agriculture et l’elevage, en ont beneficie au cours des siecles.

Avec les techniques d’implantation de genes et de modifications chromosomiques sur l’oeuf feconde, les especes vegetales et animales peuvent parfois etre modifiees en une seule generation. Depuis les fruits sans pepin, la creation de plantes fixatrices de l’azote atmospherique, jusqu’aux mircoeorganismes a tout faire, programmes pour effectuer des tLches specifiques et contrTlables, telles que la degradation de dechets et de polluants, la synthese de proteines comestibles, production d’enzymes et d’hormones humaines au service de l’industrie pharmaceutique.

Toutes ces realisations modifient en nombre et en rythme les innovations techniques susceptibles de transformer en profondeur la biosphere et les ecosystemes. Pourtant, elles ne sont en fait que la poursuite des activites par lesquelles les hommes ont toujours tente de regner sur la Nature et de la transformer en un environnement moins naturel pour le meilleur et pour le pire.

Le meilleur vient de ce que cette nature transformee est moins hostile, plus docile aux besoins des hommes. La pensee est inevitablement tournee aux travaux de recherches qui visent a acclimater “biotechnologiquement” des especes vegetales aux terres saheliennes, desertiques ou salees et qui permettront a des populations africaines en difficulte de conduire une agriculture, leur apportant la nourriture en l’absence de laquelle elles demeurent condamnees a mourir ou a dependre. De plus, aux travaux d’adaptation de vegetaux oleagineux a ces terres saheliennes, vegetaux productifs de matieres premieres, dont l’undustrie mondiale a un urgent besoin dans les domaines de l’astronautique ou de la pharmacie. La selection, le clTnage, permettront d’obtenir un materiel vegetal qui, lL ou la vie n’existe pas, installera la vie et engendera une economie.

En examinant le pire, celuieci vient de ce que des equilibres ecologiques subtils qui avaient mis des siecles, voire des millenaires a s’etablir, peuvent etre bouleverses par ces activites de ma?trise qui ne s’interessent qu’L transformer un seul caractere de l’environnement, tel que supprimer un parasite.

On peut citer, a titre d’exemple, les travaux que l’une des equipes sous notre direction mene en France, pour mettre au point un biopesticide degradable, non toxique, en utilisant comme matiere premiere le sacharose, qui d’ailleurs, chacun le sait, constitue de plus en plus en matiere premiere alimentaire excedentaire. L’objectif en luiememe est louable car, dans le meme temps, il s’agit de remplacer les produits traditionnels toxiques de l’agroechimie.

Quand meme, je suis conscient et m’efforce de faire prendre en compte cet aspect de la recherche en termes d’inconnues, que sont les effets secondaires provoques par un produit nouveau avec tout ce qu’il y a d’imprevisible.

Moins hasardeux, sans doute, sont nos travaux de mise au point de detergents biodegradables, qui eviteront de toute fa?on les pollutions de la terre, des mappes phreatiques, des lacs et des rivieres. Dans ce domaine, par consequent, davantage d’optimisme est possible du fait que parallelement aux perturbations, une conscience ecologique s’est developpee a l’origine de nouveaux desirs aux service desquels les biotechnologies peuvent etre utilisees.

Toutefois, sur le plan social ? cette derniere reflexion est d’ordre humaniste ? il faut bien savoir que les biotechnologies correspondent a des enjeux economiques et ceci explique que les compagnies investissent leurs efforts et leurs capitaux, qu’il s’agisse des industries de la sante, du secteur petrochimique et agroealimentaire.

Il faut remarquer que le developpement de ces nouvelles activites est generalement concentre dans un petit nombre de pays developpes et industrialises. De ce point de vue, les biotechnologies partagent le sort des industries de l’information en ce qu’elles contribuent a aggraver les disparites de developpement entre pays pauvres et non encore developpes d’avec les pays riches.

D’autre part, la recherche biologique elleememe risque d’etre de plus en plus orientee vers ces applications, au detriment d’une recherche fondamentale sur les grands problemes de biologie non encore resolus tels que les fonctions superieures du cerveau, les mecanismes de l’evolution des especes et de l’origine de la vie.

Comme conclusion, il vient que les biotechnologies, a defaut sans doute d’apporter la connaissance, constituent des connaissances et des outils dont l’emploi entra?ne une progression rapide en termes de resultat. Correlativement des changements importants s’operent, et vite, et que des problemes nouveaux surgissent et appellent des decisions.

Il va de soi que plus un probleme devient brelant, moins il laisse de possibilites de choix entre differentes actions, la situation etant devenue peu flexible. Par consequence, Il faut obeir a la necessite qui se justifie puisqu’il n’y a pas de possibilites de choix. LL est la faute qui consiste a attendre que le choix n’existe plus et qu’il ne reste plus que la necessite, preuve de l’imprevoyance. Autrement dit, sans activite previsionelle, il n’y a effectivee ment pas de liberte de decision.

C’est pourquoi, tous ceux dont c’est le metier de prendre des decisions doivent rechercher le concours de previsionnistes. Encore fauteil que la prevision servant aux decisions publiques, au sens de gouvernementales, soient exposees au public car l’on tromperait l’opinion en lui faisant ou laissant croire que l’on enonce des previsions parce que l’on sait comment faire.

On prevoit toujours sans richesse pluraliste de donnees, sans conscience de methode, sans critique et sans cooperation. Il devient urgent de donner a cette activite naturelle et individuelle un caractere cooperatif et soumis a de grandes exigences de rigueur intellectuelle.

Cette derniere remarque est le point de vue sur lequel Bertrand de Jouvenel s’est largement explique. Avec lui, convenons en ensemble a nous de convaincre les specialistes des sciences supposees exactes ou non qu’il est d’une grande urgence que les sciences morales s’engagent dans l’activite de prevision, faute de quoi le besoin social sera satisfait par un extension de la technologie et des biotechnologies, c’esteLedire qu’une maniere de voir developpee a l’egard des objets sera etendue aux sujets que l’on apprendra a manipuler comme des objets.